Guy, Marianne, Carla et moi

Publié le par Laurent

Vous savez quel article a attiré le plus de fréquentation sur ce blog ? Celui sur les conférences remarquables d'Elizabeth Warren ? Non. Celui sur les cycles mystérieux de Martin Armstrong ? Non. Celui sur l'intervention du chef des services secrets français sur Al Qaeda ? Mais enfin, vous révez ... Celui qui montrait des éléments dans le sens de la manipulation des futures S&P 500 ? Pff! Le compte-rendu (avec images exclusives) du Flash-krach du 6 mai dernier ? Allons ... C'est celui sur Carla Bruni et la chanson de Simone Christicchi!

 

Je ne pense rien de bon de la famille Bruni-Tedeschi: des grands bourgeois qui fuient leur pays en période de troubles profonds (les années de plomb) alors que la population doit affronter au jour le jour des situations terribles sans pouvoir "piocher dans la cagnotte" pour se faire une vie bien tranquille à l'étranger en attendant que ça se passe, ça a le don de me rappeler Marie-Antoinette et Louis XVI. Je passe sur les histoires de moeurs et la comédie ridicule de Carla qui nous a expliqué à longueurs d'interviews son bonheur avec papa et maman ... sauf que papa, ce n'est pas vraiment papa! Toutefois, l'objet de ce billet, ce n'est pas la "première madame"; en remontant les statistiques du blog, j'ai trouvé un article de Guy Birenbaum qui a eu la délicatesse de me citer en précisant que je l'avais pris (sans doute à tort) au premier degré ...

 

Comme on a l'air d'etre entre personnes de bonne compagnie, je vais essayer d'expliquer un peu tout ça. D'abord, pourquoi "le second degré" m'horripile ? Je vais vous raconter une tranche de ma vie, préparez-vous à bailler d'ennui! Il y a très longtemps, j'étais jeune, con et thésard en mathématiques appliquées au CEA (Commissariat à l'Energie Atomique sur le plateau de Saclay). Dans le laboratoire, on était une majorité d'Universitaires; les 2 responsables étaient X (polytechniciens) et le chef de labo était un ingénieur lambda qui avait fait carrière par le rang. Lorsque ce dernier a été déplacé à Cadarache avec promotion à la clef, les 2 X ont décidé que la fète était finie, qu'il était temps d'avoir des "vrais résultats significatifs" et qu'on allait dorénavant prendre "des thésards de l'école" (traduction: dehors les universitaires, on veut des X et des normaliens, à la rigueur des Mines et des Ponts). Moi j'en étais à peine à ma première année, les autres étaient assez prets de la soutenance; quelle a été leur réaction ? Du second degré, de l'ironie, des contrepèteries de salon sur "les gros boeufs de prépa", les secchioni (comme on dit ici), les "mecs qui savent pas jouir de la vie" et qui bouffent du Ramis-Deschamps ... Vous savez comment ça s'est terminé ? Tous les universitaires dehors après des soutenances accélérées, avec des mois de chomage à la clef. Les Polytechniciens en terrain conquis et moi qui ai du tenir là-dedans pendant plusieurs années malgré les sous-entendus "il a pas fait sa classe prépa, donc c'est un con". J'ai du boucler la soutenance après 35 mois seulement de financement ...

 

Au départ, on était en majorité numérique. Au milieu, on a fait des blagues au second degré, on a fait de l'ironie et de la rhétorique sophistiquée pleine de sourires entendus. A l'arrivée, la majorité s'est faite virer avec pertes et fracas; les quelques survivants ont du faire profil bas. C'était en 1995/96. On ne parlait pas encore de chomage de masse chez les diplomés. Alors pour moi, c'est simple: le second degré à la con, c'est le cache-misère des impuissants qui sont en train de se faire concasser la tronche au rouleau-compresseur.

 

J'ai fait la connaissance de Guy Birenbaum très tard, par le biais de son émission "la ligne jaune" diffusée par le site "arret sur images"; elle a été très attaquée sur les forums du site, les qualificatifs allant de "racoleuse" à "indécente" ... Personnellement, j'ai toujours choisi de la défendre parce que mise devant les autres émissions du site, c'était la plus dynamique et la moins "orteils coincés" du paquet. Ce qui me plaisait, c'était que Guy abordait parfois des sujets bien chauds comme le Climategate ou "l'incident Peillon", justement sans faire de second degré à la con, en prenant le risque de faire monter la tension entre intervenants. Pour moi, faire du journalisme, ça contient quand meme une certaine dose de prise de risques ... sinon on va faire le sous-fifre chez Laurent Ruquier qui rit tout seul à ses blagues tellement il flippe de dire un truc qui laisse les gens de marbre!

 

Parce que, dans les médias ou dans mon ex-laboratoire du CEA, ce qui caractérise les grands virtuoses du second degré à la con, c'est un manque absolu de courage devant la difficulté et l'envie de s'en tirer par une pirouette sans risquer l'affrontement. Bref, c'est l'esthétique du sans-couilles, l'élégance dans la capitulation sans conditions ... et si possible sans livrer bataille non plus! Alors, maintenant que vous avez baillé 3549 fois, je reviens à la diatribe de Guy sur le sondage de Marianne sur ce que pensent les Français de l'aristocrate milliardaire franco-italienne, ex-mannequin filiforme et dénudée (comme certaines ministres de Berlusconi), guitariste improbable maintes fois placardée par le comique Fiorello ici en Italie, et amatrice de ballerines Dior.

 

Imaginez donc que vous ayiez un journal vaguement estampillé "de gauche", vous avez un pays qui est passé en moins de 3 ans du "travailler plus pour gagner plus" à "la responsabilité dans les déficits", vous avez une construction européenne dont la population ne voulait pas vraiment, qui l'avait exprimé clairement par référendum en 2005, et qu'on a forcé à boire le calice, vous avez une monnaie qui n'a pas fait l'unanimité et qui décanille à toute vitesse, vous avez des banques françaises très fortement exposées aux dettes junk made in EU mais qui spéculent short sur l'euro pour se couvrir et qui comptent bien avoir un 2ème renflouage: avec quoi faites-vous votre "une" ? Avec tout ce désastre, au risque d'etre attaqué par les ingénus "pour avoir propagé la panique" ? Ou bien avec un truc bien fade et consensuel qui mettra à l'aise les rentiers de l'immobilier, les retraités à carte Visa Gold et les jeunes bobos écolos étudiants en rien sur le modèle Tanguy ? De toutes façons, si un casse-pieds vient vous parler de la première possibilité, il y a toujours la solution de répondre: "oui, mais notre article, c'était du second degré ... Vous n'aviez pas compris ?".

 

A mon avis, Guy, il n'y a rien de plus à comprendre ...

Publié dans Télévision

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Jacques_andre 22/05/2010 23:21



Oui le problème de ces "grosses tronches" c'est qu'en réalité" ce ne sont que des singes de foire qui savent faire des additions trés trés vite et retenir des pages et des pages de rapport par
coeur et les réciter mais sans rien comprendre derrière. Ils devraient être au mieux comptable, le problème c'est qu'on leur demande de prendre des décisions politiques et qu'ils en sont
incapables vu que pour eux et pour une ribanbelles d'autres, seule l'autorité compte sans aucune analyse sur le monde et la vie en général. Ils ne sont bon qu'a faire circuler des trains à
l'heure avec dedans des wagons vides par ce que leur chef leur à dit que cette ligne n'est pas rentable et qu'il faut le prouver en mettant des trains aux pires horaires.


 


 



Cart css 18/05/2010 14:57



Bof.... Carla est une intrigante mais qui a le mérite de s'être construite avant son accès à l'Elysee. On aime ou on aime pas sa vie et son oeuvre.... mais bon, elle ne représente (presque)
qu'elle même donc on s'en fout?


Ton experience et ta réflexion sur ce complexe de supériorité des X sont amusantes. J'en croise pas mal. Une chose est sûre, il y a autant d'abrutis que de mecs brillants et sympas. On retombe
donc dans une répartition des masses proche de la 'vrai vie'. Souvent leur probleme se résume à une absence totale de conscience poétique.