Baby-boomers et subversion idéologique

Publié le par Laurent

Cette video remonte aux années 80; le transfuge du bloc de l'Est parle couramment de Yuri Andropov.


Il est nécessaire de prendre ce genre de discours avec un certain nombre de précautions: en effet, il serait illusoire d'espérer qu'un transfuge ait eu envie de dire 100% de vérité au cours de cette interview. Toutefois, il y a un certain nombre d'éléments intéressants dans ce discours sur le retournement d'un pays. Tout d'abord, le dicton populaire "nul n'est plus aveugle que celui qui ne veut pas voir", appelé de façon plus savante ancrage mental, est un biais cognitif classique faisant qu'il est toujours plus fastidieux de remettre en cause quelque chose qu'on a appris (et plus la peine investie dans l'apprentissage fut grande, plus le sujet est reluctant), plutot que de s'ouvrir à un concept neuf.

A partir de 8 minutes de film environ, on arrive dans le coeur du sujet, à savoir que l'échelle de temps caractéristique est de 15/20 ans, à savoir le temps nécessaire à la formation intellectuelle d'une génération. Des sociologues intéressants (comme Louis Chauvel, entre autres) insistent eux aussi sur le fait que l'échelle de temps générationnelle est souvent la plus à meme de faire le "chainon manquant" entre l'échelle historique ("A suffisamment long terme, nous sommes tous morts" comme le disait J.-M. Keynes ou Tyler Durden), et le bruit informationnel de court terme. Le discours du transfuge tend à confirmer ce que je ressens depuis plusieurs années, à savoir un fossé grandissant avec la génération des baby-boomers, notamment dans l'interprétation d'informations quantitatives qui ne devraient pas préter à confusion. Toutefois, le substrat intellectuel et politique est tellement différent que la communication est pratiquement impossible.

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Les références à la notion d'idiot utile sont particulièrement savoureuses: d'autres en ont fait leurs choux gras! On rappelle quand meme que l'expression fut introduite après qu'un journaliste ait affirmé à ses lecteurs « qu'il n'y a pas de famine ou de disette véritable, et qu'il n'est pas vraisemblable qu'il y en ait ». Ce qui ne peut pas ne pas faire penser à des gens comme Elie Cohen, fonctionnaire depuis des lustres, qui vient sur tous les plateaux TV défendre les privations, la désindustrialisation et la précarité ... Bien entendu, ce n'est pas le seul! Les plus ardents défenseurs de l'économie privatisée à tout va sont le plus souvent des baby-boomers ayant fait leur éducation puis leur carrière dans le confortable milieu du fonctionnariat d'Etat. Plus récemment, nous avons eu tous les journalistes "en vue" qui nous ont répété en choeur que "la France s'arrète parce que tombent 3 flocons": c'est tellement facile de dire ça depuis son petit studio chauffé à 23 degrés hiver comme été. La règle d'or s'applique: ne faire parler que les personnes n'ayant jamais eu aucune expérience réelle de leur sujet.

Après 13 minutes de monologue, le cher Bezmenov évoque un état d'esprit devant la notion de Welfare State qui ne peut pas laisser indifférent toute personne qui a écouté les discours des medias TV pendant les émissions consacrées à la crise économique depuis 2008. Et si les techniques retorses du KGB avaient pris, meme après l'effondrement de l'URSS ? Après tout, on a peut-etre tort de regarder l'URSS avec la grille de lecture marxiste; l'URSS serait peut-etre mieux perçue à travers une grille du type "pouvoir oligarchique/gérontocrate/autoritaire".

Publié dans Télévision

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